Le samedi matin, il y a un marché dans le centre d'Apt. Comme c'est l'une des plus importantes agglomérations, les gens viennent d'un peu partout autour pour faire leurs courses ou vendre leurs produits. Fruits et légumes, bien sûr, mais aussi fromages et charcuteries, lavande évidemment, savons, vêtements, bijoux, paniers, tissus, livres usagés... Un marché comme je les aime, quoi! Une chance qu'il ne faisait pas trop beau, ça nous a permis de ne pas mourir étouffées dans la foule déjà dense sous la grisaille. Je vous dis que ça c'est vidé quand il a commencé à pleuvoir deux ou trois gouttes... Il a fallu courir pour retourner acheter ce qu'on avait repéré avant que les marchands ne plient bagage! J'ai mis la main sur un drap de bain turc, quelques sachets de lavande séchée, et nous avons évidemment succombé aux savons artisanaux à l'huile d'olive. J'ai choisi lavande-olive, miel, pastis, «parfum secret», pépin de raisin et argile verte... juste les odeurs parlent de Provence, non?

À la fin du marché, nous avons pris un verre au bar du frère d'Antoine (contrairement à chez nous, «prendre un verre» ne sous-entend pas nécessairement une boisson alcoolisée: Vanessa et moi avons découvert le Pago, un jus de fruit espagnol) et nous sommes remontés pour manger à la maison. Après le pique-nique (quel plaisir de pouvoir prendre tous les repas dehors!), j'ai eu droit à une leçon de conduite avant d'être lâchée sur la route avec la voiture de Michèle. Direction: Roussillon, puis Gordes. Fontaine-de-Vaucluse était aussi sur la liste (merci Julien!) mais nous avons plutôt décidé d'aller voir l'Abbaye de Sénanque.

Malgré quelques tours superflus dans les rond-points et une furieuse envie de conduire dans la voie de gauche, nous avons fini par nous rendre sans heurts à Roussillon. Magnifique! Dommage que mon appareil-photo ait choisi ce moment pour commencer à faire des siennes, et encore plus dommage que je ne m'en sois aperçu qu'à mon retour... Pardonnez-moi donc la qualité des clichés, j'ai récupéré ce que j'ai pu mais ils ne rendent pas justice à la beauté du lieu. Anecdote: alors que j'étais accroupie dans un buisson pour prendre des photos du village à travers les fleurs, une dame est passée et a exigé que son mari fasse la même photo, «comme fait la dame parce que c'est une si bonne idée!» Je ne savais pas trop quoi répondre... J'ai souri et je leur ai laissé le champ libre; la copie est une forme de flatterie, non?

Je vous épargne les leçons d'histoire et de géographie, sachez seulement que Roussillon doit sa réputation aux falaises d'ocre qui l'entourent, et dont on tire des pigments (qui tachent de façon permanente!). Les maisons sont toutes habillées de ces teintes orangées, jaunes ou rosées, ce qui contraste joliment avec la végétation et le ciel (quand il est bleu, j'extrapole ici). J'ai acheté une palette de pigments à mélanger à différents mediums, pour quand je recommencerai à faire de la peinture un jour...
Pas très loin de Roussillon, un autre village célèbre: Gordes, avec son château et le village des bories juste à côté. Pour moi, c'est l'emplacement de ce village qui a été le plus impressionnant: il est vraiment perché à flanc de colline, tellement en pente que certaines rues ont des escaliers au milieu de deux travées pour les voitures... Inutile de dire que la vue, lorsqu'on s'en approche comme lorsqu'on s'y trouve, vaut le déplacement.

Nous n'avons pas visité les bories, ces constructions coniques en pierre sèche (sans mortier), plutôt décidé de continuer notre route pour aller voir l'Abbaye de Sénanque. Sur la carte, tout est plat évidemment; nous ne savions donc pas qu'en réalité, l'abbaye est dans un trou derrière Gordes, et laissez-moi vous dire que ça descend! La route étroite, bordée d'un côté par une falaise et sinueuse à souhait, était à sens unique mais nous ne l'avons su qu'une fois en bas, alors j'ai stressé pendant toute la descente à repérer les endroits où me ranger au cas où une voiture arriverait dans l'autre sens. Une chance que l'abbaye valait le coup! Par contre, les visites guidées sont obligatoires (il y a encore des moines qui veulent y vivre en paix) mais elles étaient terminées pour la journée. Tant pis, les champs de lavande et l'impression d'être au bout du monde (si on tourne le dos au stationnement et qu'on ignore les cris des touristes) a fait son effet.

Nous avions encore quelques heures de clarté devant nous, nous aurions pu pousser jusqu'à Fontaine-de-Vaucluse mais nous avions rendez-vous pour un vernissage dans une imprimerie à Apt ce soir-là! Nous avons donc rebroussé chemin, et je n'étais pas malheureuse de finir ma journée de conductrice. Plus tard le soir, nous avons aussi eu droit à la visite du cinéma d'Apt, qui opère encore avec des pellicules mais passera bientôt au numérique. On se serait cru dans
Cinema Paradiso, excepté peut-être pour le film d'animation 3D qui était projeté au moment de notre passage... Encore une journée magnifique, avec des paysages époustouflants et des gens tellement accueillants, toujours contents de rencontrer «les Québécoises»!
La suite dans un prochain épisode...
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